Avec cette 3ème biennale, le Comité de Quai Est veut redire avec force le rôle indispensable du Théâtre pour éclairer les consciences et lutter contre tous les fanatismes.
Il fait totalement sienne cette parole de Michaëlle Jean, Secrétaire Générale de la Francophonie :

«Les mots sont des armes de construction massive face au pire, à l’innommable, l’inqualifiable, l’insoutenable, l’inacceptable».

Le mot du Président de Quai Est

Quelle « Hantise » une Biennale !

"D’aucuns nous promettaient qu’en une Intégrale (2009) et deux Biennales (2012,2014) nous aurions fait le tour de Koltès. Encore une « Hantise », celle du renouvellement et de l’ailleurs... Pourquoi tourner le dos au Commandeur? Comme Mozart et Rimbaud, partis trop tôt, Koltès continue de nous parler, de nous hanter, de nous pousser non pas à renouveler pour renouveler, mais à chercher son esprit dans des couloirs, des coulisses hantés par d’autres spectres et par des héritages dramatiques.C’est l’une des raisons pourquoi le Comité Scientifique de Quai Est a entrepris d’organiser les 3, 4, 5 novembre 2016 sur le campus du Saulcy un colloque universitaire international dont l’objet est précisément « Hantises et spectres dans le théâtre de Koltès et dans le théâtre contemporain ».


C’est aussi l’une des raisons des piqûres de rappel koltésiennes. La Nuit juste avant les forêts ouvrira le festival les 4, 5 et 6 novembre à l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole avec le flamboyant comédien messin Hugo Becker dans une mise en scène de Paul-Émile Fourny. Laurent Vacher proposera une mise en scène percutante de Combat de nègre et de chiens. En écho et en perspective Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain de Serge Amisi monté par Daniel Proia avec les ateliers de pratique artistique, et La Campagne de Martin Crimp, mise en scène par Catherine Javaloyès, seront comme autant d’autres tremblements d’humanité.


Et si, à propos de cette hantise, nous parlions de revenants? De la correspondance de Koltès  à fleur de peau – Comme si le temps pressait avec Jean de Pange ; de frôlements dans les corridors des ombres esquissées ou projetées par la lumière avec Jean Poirson et  ses marionnettes dans Coco/Tabataba de Koltès. Nous n’aurions pas pour autant épuisé le spectre koltésien...


Faisons alors aussi quelques écarts sous le panneau Toutes Directions avec Sébastien Rongier et son ouvrage Théorie des fantômes, Dorothéee Smith et sa vidéo Spectrographies. Avec les cinéastes Brian de Palma et Raoul Ruiz, et l’after musical de Dr Geo et Mr Bos. Sans oublier les surprises du Feuilleton des comédiens et auteurs pharmacie hommes messins Maud Galet-Lalande et Franck Lemaire. Et les voies de traverse empruntées au Frac Nord-Est avec un film de Vincent Meessen et l’intervention du philosophe Philippe Choulet.


In fine, le soliloque nocturne urbain de La Nuit juste avant les forêts de Quentin Barbosa,  élève du T.N.S. De Strasbourg, et les travaux de la master class dirigée par Jean Boillot nous montreront combien la jeunesse sait affronter les spectres
La boucle Koltès est bouclée."

Richard Bance, Président de Quai Est

Thématique 2016

« Hantises, revenants et spectres dans le théâtre de Koltès et dans le théâtre contemporain »

Le mot hantise évoque, dans son sens moderne, une idée ou un mot qui occupe de façon obsédante l’esprit d’une personne, mais aussi une fréquentation, un commerce familier avec quelqu’un et un lieu que l’on hante.

Le spectre est chez Derrida « une étrange voix, à la fois présente et non présente, singulière et multiple, porteuse de différence, aussi fantomatique que l’être humain, différente d’elle-même et de son propre esprit. Il est un autre et plus d’un autre. Il désarticule le temps. Il est une trace. Quoique venant du passé, portant un héritage, il est imprévisible et surtout irréductible ». L’héritage est quelque chose d’essentiel dans la constitution d’un sujet et dans la conception d’un avenir. De qui sommes-nous les héritiers ? Le problème, très souvent, est moins d’hériter que d’accepter l’héritage, d’être choisi comme un héritier. De plus, évoquer la spectralité c’est convoquer, d’une certaine manière, aussi le spectacle… Comme le spectre, le théâtre est à la limite du visible et de l’invisible.

Les hantises, revenants et spectres sont intimement liés. Il va sans dire qu’ils hantent, c’est le cas de le dire, le théâtre de Koltès. Il suffit, pour s’en persuader, de se souvenir de pièces comme Le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet, Combat de nègre et de chiens, Le Retour au désert… Et s’il existe un « héritage Koltès » dans le théâtre contemporain, c’est, à coup sûr, cette conception des rapports qu’entretiennent les personnages entre eux et avec ces puissances auxquelles ils sont aux prises en et hors d’eux.

Le théâtre contemporain déplie aussi, très souvent, une telle problématique.